Après nos articles sur les congés payés, la prime de retraite et la majoration d’ancienneté, nous abordons le volet le plus injuste du projet de contrat : la sanction sur les congés qui vise les collègues les plus engagés.
Le Département veut imposer 21 jours de congés. Mais à quel prix ?
Sur le papier, l’obligation de prendre 21 jours de congés peut sembler une avancée. Dans la réalité du terrain, c’est une mesure brutale qui ignore la réalité de notre métier et qui va punir les AF qui s’occupent des enfants aux profils les plus complexes.
« Mission Impossible » : la réalité des relais
Le Département, qui n’organise aucun service de relais digne de ce nom, transfère cette charge sur les AF. C’est déjà un casse-tête pour un accueil « simple ».
Mais pour nos collègues qui accueillent des « incasables » (enfants aux profils complexes, en situation de polyhandicap, violents, déscolarisés…), c’est une mission impossible.
Ce n’est pas un ressenti, c’est une réalité statistique : en février 2020, Adrien Taquet, alors Secrétaire d’État à la Protection de l’enfance, déclarait lui-même que « 30 % des gamins de l’aide sociale à l’enfance sont porteurs d’un handicap ». Ce sont ces enfants, que nous accueillons au quotidien, qui sont les plus difficiles à faire « relayer ».
Qui va prendre en relais pour 15 jours un adolescent en rupture ?
Qui va assurer les conduites à l’école, parfois à des dizaines de kilomètres, si vous partez en période scolaire ?
La réponse est : personne. Ces collègues sont seuls, 365 jours par an.
La sanction : le chantage au CET
Et c’est là que le Département dévoile son véritable visage. Non seulement il n’aide pas, mais il punit.
Pour vous « encourager » à prendre vos 21 jours, le projet de contrat instaure un chantage : pour avoir le droit d’alimenter votre Compte Épargne Temps (CET) avec vos 14 jours restants (dont on ne sait rien pour le moment), vous devez obligatoirement avoir pris 21 jours de congés.
C’est une sanction pécuniaire déguisée et illégale.
Regardez ce que cela veut dire concrètement :
Vous vous battez pour trouver un relai, vous n’obtenez que 18 jours de congés. Vous perdez les 17 jours restants.
Vous vous occupez d’un enfant « incasable », vous ne trouvez aucun relai. Vous prenez 0 jour. Vous perdez vos 35 jours de congés.
La Double Peine : « Incasable » et 100% perdant
C’est la double peine dans toute sa splendeur :
On vous confie les enfants dont personne ne veut, les plus difficiles, ceux qui demandent le plus d’engagement.
À cause de ce profil, vous ne pouvez pas trouver de relais (car le Département n’organise rien).
Et parce que vous ne pouvez pas partir, on vous punit en vous volant l’intégralité de vos congés.
La conséquence de cette politique est prévisible : pourquoi un AF accepterait-il d’accueillir un enfant à profil complexe s’il sait qu’il sera puni pour cela ? Le Département ne se rend-il pas compte que cela va donner un argument de plus aux AF pour refuser ces accueils ou y mettre fin ?
Cette mesure va aggraver les difficultés des services de placement (SEF), qui peinent déjà à trouver des solutions pour ces enfants. C’est une politique qui se retourne contre le service public lui-même.
C’est une honte. C’est une mesure qui punit l’implication professionnelle.
Notre position est claire : cette sanction est inacceptable. Nous demandons un système juste qui reconnaisse la difficulté de notre métier et l’impossibilité de trouver des relais, et non qui nous sanctionne pour cela.
Notre appel à la mobilisation
Parce que nous refusons cette injustice, nous devons montrer notre force. Le Bureau syndical appelle tous les assistants familiaux et les citoyens solidaires à se rassembler :
Le 13 novembre à 11h
Devant l’Hôtel du Département
Venez nombreux !

